Parler de soi, se décrire n'est pas chose facile. Quelles sont les informations importantes ? Comment ne pas être présomptueux dans son discours? Comment ne pas tomber dans un égocentrisme malsain? C'est en gardant ces questions à l'esprit que je vais tenter de vous faire partager mon approche de la notion d'égalité.
Par Pierre Margot-Cattin, vice-président Conseil Egalité Handicap
Mais tout d'abord, les faits. Je suis né au Locle en 1964. J'ai suivi l'ensemble de ma scolarité obligatoire en internat, ce que l'on appelait les homes-écoles pour handicapés. Au niveau du collège, j'ai réintégré une classe dite normale tout en restant en internat. Pendant cette partie de mon existence, j'ai pris conscience de la notion de différence. La vie communautaire en internat m'a aussi ouvert à la solidarité, au partage, à la lutte pour l'intérêt du groupe.
Avec une maturité socio-économique en poche, j'ai étudié à l'Université de Neuchâtel et obtenu une licence en droit rapidement complétée par un brevet d'avocat. Pratiquer le droit en tant qu'avocat indépendant m'a apporté bien des satisfactions, mais également bon nombre de soucis. Je me suis vite senti tiraillé entre la nécessité de défendre coûte que coûte les intérêts de mes clients et un sentiment mitigé de manque d'humanité dans les relations humaines. Je me suis donc petit à petit détaché de la pratique juridique pour m'intéresser plus à des questions liées à la défense des intérêts, notamment dans le cadre de l'association Procap, puis à travers l'aventure d'Expo 02. J'ai alors décidé de reprendre les études en vue d'obtenir un certificat en ethnologie à l'Université de Neuchâtel.
Actuellement, je suis professeur à la Haute Ecole Spécialisée de Suisse occidentale (Hes-so), filière travail social, sur le site valaisan de Sierre. Je centre mes réflexions sur les notions d'anthropologie sociale et médicale, spécifiquement sur les questionnements liés à la conceptualisation du handicap et de ses conséquences dans le développement des cultures et sociétés. Je suis marié et papa d'un petit garçon de 8 ans. Détail qui a son importance, je suis né avec une arthrogripose multiplex congénitalis (AMC) et me déplace aujourd'hui en fauteuil roulant électrique.
Mon engagement au sein du Conseil Egalité Handicap fut pour moi une décision importante. J'y vois l'occasion d'utiliser mes connaissances théoriques acquises en matière de concept de handicap au profit de la notion de singularité. L'égalité est une idée complexe. Si elle est primordiale pour poser des garde-fous juridiques et éviter les traitements discriminatoires, elle reste, pour moi, une utopie vers laquelle nous devons essayer de tendre.
En effet, il m'apparaît plus important de souligner le droit à la différence et à la singularité plutôt que de chercher une égalité parfaite entre les individus, au risque de procéder à un nivellement et à une uniformisation de la société. En revanche, le traitement discriminatoire basé sur le non-respect du droit à la différence est, à mon sens, clairement contraire aux principes fondamentaux reconnus dans le cadre des Droits de l'Homme et repris, partiellement, dans notre constitution fédérale.
Du droit à un traitement équitable et à la non-discrimination découle également la possibilité de mettre en place des mesures de discrimination positive aux fins de favoriser des catégories de la population privées de l'exercice de leurs droits sans ces mesures particulières.
Si des progrès sensibles peuvent être remarqués dans les domaines spécifiques des transports publics, des constructions et des relations de travail avec la Confédération suite à l'entrée en vigueur de la LHand, la problématique principale pour une véritable application et le respect du cadre légal repose, à mon sens, sur le décalage existant entre le cadre légal existant et la perception (représentation) du handicap dans les mentalités de la population suisse.
Ainsi, ma priorité repose sur l'adoption d'une vraie politique de l'égalité et sur une stratégie développée à tous les échelons politiques de notre pays. Il s'agit, par des actions de sensibilisation ciblée sur les partenaires politiques, mais aussi de manière globale sur la population, de faire entrer dans les mentalités qu'il est normal d'accepter la différence et que les discriminations basées sur une inégalité de traitement sont intolérables pour une société moderne.
Le débat sur l'égalité devrait entrer dans tous les foyers suisses, par exemple à travers une présence médiatique importante. Que ce soit dans les publicités, les journaux télévisés ou la presse quotidienne, nous devons nous présenter et rappeler de façon quasi hebdomadaire les problèmes rencontrés au quotidien par des personnes en situation de handicap. Un parallèle doit être proposé avec les politiques mises en place par nos autorités. Ainsi, et grâce à des actions ciblées de sensibilisation venant soutenir le débat, pouvoir politique et population prendront progressivement conscience du caractère intolérable de l'inégalité et de la discrimination. Un travail sur les mentalités de la population suisse portera, selon moi, plus de fruits que le renforcement d'un cadre légal souvent mal respecté, voire inappliqué.
Mettre en consultation et adopter rapidement la convention de l'ONU sur les droits des personnes handicapées est un objectif prioritaire. La convention de l'ONU porte en effet un regard global sur l'ensemble des activités quotidiennes des personnes en situation de handicap et propose une protection générale en vue du respect d'une pleine participation sociale. La législation suisse en vigueur reste lacunaire dans bon nombre de domaines de la vie quotidienne et ne saurait suffire à garantir une pleine égalité. Le domaine des relations privées de travail doit, notamment, être développé de façon explicite.
Dans sa conception et sa philosophie, la convention de l'ONU propose davantage une interdiction des traitements différents qu'un droit à l'égalité. Ceci va dans le sens de la reconnaissance du droit à la différence et est un message clair dans l'optique du développement d'une société sans discrimination. Ce texte est un outil unanimement reconnu au niveau international. La Suisse ne peut renoncer à s'aligner sur une telle volonté issue de groupes de réflexions où, pour la première fois, des personnes en situation de handicap étaient directement impliquées.
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