L'élection de Christian Lohr au Conseil national est un heureux présage, qui nous permet d'espérer que les aspirations des personnes handicapées seront mieux entendues au sein du nouveau Parlement. Commentaire des élections fédérales 2011.
Par Oswald Sigg, Dr. rer. pol., ancien porte-parole du Conseil fédéral, auteur
«Au sein du nouveau Parlement, quels succès sont possibles pour les dossiers et thèmes politiques touchant de près les personnes handicapées?» À cette question que la rédaction d'AGILE a eu l'amabilité de me poser, je peux tout au moins apporter quelques éléments de réponse. L'espoir est toujours permis et il est incontestable qu'au cours de la nouvelle législature, les Chambres fédérales traiteront de questions et de revendications en matière de politique sociale dont l'importance devrait être manifeste non seulement pour les personnes handicapées, mais pour tous les parlementaires et même pour l'ensemble de la population. À l'ordre du jour des prochaines sessions, on trouve en effet les thèmes suivants:
Ces thèmes figurent sans aucun doute parmi les principaux dossiers de politique sociale que le nouveau Parlement traitera au cours des quatre prochaines années. Cependant, il serait quelque peu aventureux de vouloir prédire si l'attitude des nouvelles Chambres fédérales se distinguera nettement des anciennes, qui ont souvent adopté sur ces dossiers une stratégie dilatoire. De telles prédictions seraient d'autant plus hasardeuses que, même si les élections du 23 octobre 2011 ont en partie modifié les rapports de force entre les groupes parlementaires, la proportion importante de nouveaux élus ne permet guère de prévoir si la position du Parlement changera, ni dans quelle direction elle pourrait évoluer. De plus, le second tour des élections au Conseil des États n'a pas encore eu lieu dans tous les cantons.
On remarquera pourtant que les élections ont amené au Conseil national une modification des équilibres entre les partis qui pourrait avoir certaines conséquences pour la politique sociale. Tout d'abord, on notera que les électeurs ont mis un terme à deux décennies de progression de l'UDC. Ces dernières années, toute la «politique sociale» de ce parti a consisté à lancer une campagne diffamatoire sans précédent contre les bénéficiaires de l'aide sociale ou de rentes AI, contre les réfugiés et les étrangers et contre tous ceux qui se situent un tant soit peu en marge de la société. Or, non seulement ce parti vient de cesser de progresser au Conseil national – pour la première fois depuis vingt ans –, mais il y a même perdu huit sièges. Et ce n'est pas sa tentative de prendre d'assaut la Chambre des cantons qui permettra à l'UDC de rattraper cette perte! Au deuxième rang des perdants au Conseil national, on trouve le PLR. Dans le camp des forces que l'on pourrait qualifier (pour être indulgent) de conservatrices en matière de politique sociale, il faut cependant aussi compter les neuf sièges du PBD en plus de ceux de l'UDC et du PLR. En face, les partisans d'une politique sociale progressiste enregistrent soit des pertes, soit de faibles gains: les Verts ont perdu cinq sièges et le PDC trois, tandis que le PS a gagné trois sièges au Conseil national et parviendra probablement à renforcer sa présence au Conseil des États. Quant au parti réputé grand vainqueur du scrutin avec un gain de neuf sièges, le PVL (Parti vert-libéral), ses orientations dans le domaine de la politique sociale ne sont pas encore assez claires pour qu'on puisse le ranger dans un camp ou dans l'autre.
En conclusion, j'aimerais attirer l'attention sur un changement survenu au sein du Parlement qui est plus qu'un symbole et dont la portée va bien au-delà des rapports de force numériques. Je pense ici à l'élection au Conseil national de Christian Lohr (PDC), atteint d'un handicap de naissance causé par le médicament «Contergan». Cette élection est d'une grande importance pour la vie politique suisse. En effet, il ne suffit pas que les personnes handicapées s'engagent activement en politique, il faut aussi qu'elles entrent dans les parlements et les gouvernements. Au Palais fédéral, Christian Lohr sera le porte-parole d'une partie de la société clairement sous-représentée au sein de nos autorités. Espérons que le nouveau Parlement suivra l'exemple des électeurs et prêtera aux aspirations plus que légitimes des personnes handicapées et de leurs organisations une plus grande attention que le législatif précédent. Certains indices me laissent penser qu'un tel espoir n'est pas illusoire.
Traduction: A. Perrinjaquet
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