Les organisations du monde du handicap doivent faire face aux défis présents et futurs. Mais que nous réserve l'avenir? Quelles sont les tendances qui nous influencent tous – même hors de l'entraide handicap?
Par Eva Aeschimann, responsable relations publiques AGILE
«Comment une organisation du handicap peut-elle s'armer pour l'avenir?» Telle est la question initiale de la Conférence des présidentes et présidents d'AGILE, dédiée à la promotion de la relève à l'occasion des 60 ans de l'organisation. Stephan Berthoud, chercheur de l'Institut Gottlieb Duttweiler (GDI), a décrypté l'avenir proche et lointain sous l'angle des mégatendances et de leurs contraires.
M. Berthoud voit différentes approches pour réfléchir à la manière dont pourrait se présenter l'avenir. Trois sont parmi les plus fréquentes, dont les prévisions d'ordre quantitatif. L'ONU présente par exemple l'évolution démographique pour les différents continents jusqu'en 2050. En l'occurrence, elle part de l'hypothèse que la population diminuera en Europe et augmentera sur les autres continents. Pour M.°Berthoud, «ces prévisions démographiques à si long terme ont le degré d'exactitude des prévisions météorologiques émises en novembre pour Noël.» Dans le domaine de la sociodémographie, il existe également de nombreuses prévisions quantitatives. La pyramide des âges et d'autres indicateurs peuvent être anticipés avec plus ou moins de fiabilité.
Une deuxième piste de réflexion sur l'avenir s'oriente en fonction des événements marquants. En 2007, le chercheur et auteur libanais Nassim Taleb a écrit un ouvrage sur ce sujet, intitulé Le cygne noir: la puissance de l'imprévisible. Il y défend la thèse que seuls les grands événements-chocs peuvent transformer la société en profondeur, comme la crise financière, le changement climatique, la Révolution du jasmin, les catastrophes nucléaires, etc. «Cette conception a un point faible: les événements ne peuvent être détectés qu'à très court terme», nous dit Stephan Berthoud. On ne peut en effet qu'estimer la probabilité et les conséquences de ces événements, sans naturellement avoir de certitude quant à leur probabilité, au moment où ils se produiront ou à leur impact.
Les chercheurs du GDI appliquent la perspective tendance/mégatendance pour estimer quelle direction pourraient prendre la société et les marchés. En l'occurrence, une mégatendance est une évolution qui, par delà tous les systèmes et secteurs, ouvre de nouvelles possibilités à la société. «Un développement qui amène de nouvelles possibilités va souvent de pair avec des incertitudes», explique M.°Berthoud. Des contre-tendances porteuses de davantage de sécurité en découlent souvent. «Soit une contre-tendance s'oppose, soit elle a une fonction de compensation. Cette évolution ne nie pas la mégatendance, mais compense les incertitudes qu'elle déclenche.» Par ailleurs, il existe aussi des tendances dites hybrides qui réunissent les contradictions apparentes. Le pour et le contre sont des éléments quasi intrinsèques des sociétés démocratiques. «Quand on regarde le paysage politique en Suisse, il n'y a pratiquement aucune thématique où ne s'affichent pas des courants divergents.»
Lors de la Conférence des présidentes et présidents, Stephan Berthoud a exposé quatre des sept mégatendances sociales, qui sont au cœur des travaux du GDI:
Complexité/mise en réseau vs. simplicité
La mise en réseau des objets et des personnes se poursuit, parfois en simplifiant parfois en complexifiant la vie. Une partie de la population y réagit avec des notions de simplicité radicales.
Individualisation vs. néo-tribus
L'individualisation n'est pas une nouveauté. La pertinence du sujet reste toutefois très élevée. L'humain est un animal grégaire, les nouvelles tribus émergent, mais elles ne se fondent pas sur des liens de parenté, la profession ou l'appartenance sexuelle, mais sur des intérêts communs: les médias sociaux en sont les moteurs.
Liberté vs. sécurité
Dans la société occidentale, il existe une liberté accrue, notamment dans la libre utilisation des idées ou biens numériques, munis ou non d'un droit de propriété intellectuelle. A l'heure des crises financières, des catastrophes naturelles causées par l'homme et d'une baisse de la tolérance vis-à-vis des coûts de la santé qui seraient évitables, l'appel vers davantage de sécurité se fait de plus en plus fort.
Science vs. romantisme
La science nous apporte des modes d'emploi pour la vie qui sont de plus en plus sophistiqués. En revanche, elle ne nous donne aucun sentiment d'authenticité ni proximité émotionnelle. Or, c'est exactement ce que de nombreuses personnes recherchent de plus en plus pour équilibrer une vie optimisée.
Les chercheurs du GDI étudient les changements sociaux et économiques. Au moyen de méthodes supradisciplinaires, ils examinent et interprètent les tendances. «Ils donnent naissance à des idées dangereuses qui osent remettre en question des vérités soi-disant intouchables. Et ils développent des thèses sur les évolutions futures. Les résultats des recherches du GDI ouvrent de nouvelles perspectives et sont une aide à la décision lorsqu'il s'agit d'aménager un avenir correspondant à nos souhaits», lit-on sur le site du GDI.
Liens pour le Gottlieb Duttweiler Institut (en allemand et en anglais):
News: http://www.gdi.ch/de/news
?Recherche: http://www.gdi.ch/de/research/research?
Intervenant GDI Stephan Berthoud: http://www.gdi.ch/de/about/stephan-berthoud
Traduction: M. Lämmler Bourret
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