En attendant de se déplacer sans entraves

Les efforts en faveur de transports publics adaptés pour les personnes handicapées ont enfin payé en 2004 avec l'entrée en vigueur de la LHand. Les directives de cette loi devraient être appliquées d'ici 2024. Malheureusement, les mesures d'économie et la résistance d'autres usagers menacent cet objectif.

Par Olga Manfredi, coprésidente du Conseil Égalité Handicap

Le long chemin vers la LHand

En 1981, année internationale des personnes handicapées, a eu lieu à Berne la première manifestation de personnes avec un handicap. Rien d'incroyable n'a été exigé: il s'agissait juste d'obtenir les mêmes droits que ceux des personnes valides, par exemple se rendre au travail en train ou en bus.

À l'époque, peu de personnes handicapées avaient la possibilité de se déplacer avec leur propre véhicule. Il n'existait que peu de moyens de transport spécialisés et il était impossible d'y accéder aux mêmes conditions que pour les transports publics. L'exclusion des activités quotidiennes était la règle.

L'engagement en faveur d'une mobilité adaptée a commencé à porter ses fruits au début des années 90, lorsqu'un exploitant de transports publics a décidé de transformer peu à peu ses véhicules pour répondre aux exigences des personnes handicapées. Mais à quoi sert une amélioration partielle si les voyageurs avec un handicap restent en rade à mi-chemin, la fin du parcours étant assurée par un moyen de transport non adapté?

En 2004 est entrée en vigueur la Loi sur l'égalité des personnes handicapées (LHand). Dans son message, le Conseil fédéral considère le domaine des transports publics comme étant le plus susceptible de rendre l'égalité effective. Dans les débats qui ont suivi, ce secteur a aussi été le moins controversé.

Mise en œuvre par étapes

Dans son article 3, la LHand prévoit que son champ d'application englobe les constructions, les installations et les véhicules accessibles au public. Les détails de la mise en œuvre sont ancrés dans l'Ordonnance sur les aménagements visant à assurer l'accès des personnes handicapées aux transports publics (OTHand).

Rendre accessibles les trains, bus et trams aux chaises roulantes étant extrêmement coûteux, il est décidé de procéder par étapes. Le réseau primaire a ainsi dix ans à partir de l'entrée en vigueur de la LHand pour répondre aux exigences légales, soit jusqu'à fin 2013. Ce réseau englobe les arrêts utilisés régulièrement par un certain nombre de personnes à mobilité réduite.

Les lacunes encore existantes dans la chaîne des transports en 2013 devront être comblées dans une seconde étape, soit dans les 20 ans suivant l'entrée en vigueur de la LHand.

Mesures d'économie

Cette loi a aujourd'hui plus de six ans. Les exploitants de transports publics ont à la fois fait beaucoup et pas assez pour que leurs offres soient accessibles sans entraves. Par exemple, il n'y a encore aucun signe d'une planification quelconque pour de nombreuses gares suisses qui devraient être mises en conformité ces trois prochaines années.

Si le réseau primaire n'est pas terminé à temps, comment se déroulera la seconde étape censée combler les trous?

Le Département des finances a publié fin février une liste des mesures dans le cadre du réexamen des tâches qui donne un bon aperçu de ce qui nous attend. Sous le titre «Fixation d'un ordre de priorités pour les investissements selon la loi sur l'égalité pour les handicapés», il est proposé de prolonger de quinze ans le délai d'adaptation, repoussant ainsi au plus tôt à 2038 la réalisation de transports publics sans entraves.

Et obstacles dans la tête

À ces mesures d'économie s'ajoute la méconnaissance de voyageurs non handicapés qui nous enlèvent le plaisir de voyager. Tantôt, les regards disent clairement «Quoi, vous voulez aussi circuler en train ou en tram?»; parfois, la personne handicapée voit la place qui lui est réservée lui être verbalement voire activement contestée par des passagers valides. Le principe d'égalité pour les personnes avec un handicap ne serait-il toujours pas ancré dans la population? Ou assistons-nous déjà à un retour en arrière avec une désolidarisation? Le ciel est en tout cas sombre pour la mobilité sans entraves. Cette revendication restera-t-elle une utopie ou n'est-elle encore qu'une lointaine musique d'avenir?

Une chose est claire: nous, les personnes avec un handicap et nos organisations devons aujourd'hui, ensemble et intelligemment nous engager pour nos droits!

Traduction: Mélanie Sauvain